Plagiocéphalie : interview de Gianni Marangelli, ostéopathe pédiatrique spécialisé

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En l’absence de dépistage et soins précoces, les déformations crânienne positionnelles sont associées à des restrictions de mouvement qui peuvent avoir des répercussions sur la posture, l’occlusion dentaire, la sphère oro-faciale et le développement psychomoteur de l’enfant.

En amont de notre visioconférence transdisciplinaire sur le sujet, voici une interview de Gianni Marangelli, ostéopathe pédiatrique à Lyon, formateur auprès des professionnels de santé et de la petite enfance, et expert reconnu dans le domaine des déformations crâniennes positionnelles et les torticolis en ostéo-pédiatrie.

Pour la prévention, le diagnostic et des soins intégrés des déformations crâniennes positionnelles:

Visio-conférence transdisciplinaire, ouverte à tous les professionnels de santé.

Jeudi 15 octobre 2026, 20h avec Gianni Marangelli, ostéopathe pédiatrique, expert associé aux recommandations HAS sur les déformations crâniennes positionnelles (2020)

VimVitae : Gianni Marangelli, comment êtes-vous devenu un expert pour l’HAS concernant les déformations crâniennes positionnelles ?

Gianni Marangelli : « Mon parcours est assez atypique ! À la base, j’étais plutôt orienté vers la médecine du sport – j’ai même débuté dans un club de rugby professionnel. Puis progressivement, des patients particuliers ont titillé ma curiosité, notamment les premiers enfants portant un casque pour traiter une plagiocéphalie.Devenir père a également renforcé cet intérêt, tout comme mes collaborations avec les sages-femmes, les pédiatres, et mon intégration à la maternité il y a maintenant dix ans.

La rencontre déterminante a été celle avec le Docteur Motoles, chef de service de neurochirurgie pédiatrique à Lyon, qui a été le pionnier en France dans ce domaine. C’est lui qui a introduit les premières orthèses crâniennes à Lyon en 1989. Il m’a ouvert les portes de ses consultations, ce qui a vraiment façonné ma formation. J’interviens également chaque semaine dans une maternité lyonnaise. Mon activité se concentre exclusivement sur la pédiatrie – principalement les bébés de 0 à 2 ans, mais aussi les enfants jusqu’à 18 ans.

Au-delà de ma pratique clinique, je suis formateur auprès des ostéopathes diplômés en France et à l’étranger, ainsi qu’auprès des sages-femmes, auxiliaires de puériculture, infirmières de puériculture et internes en médecine. J’ai également co-écrit un ouvrage sur les déformations crâniennes positionnelles et publié plusieurs articles scientifiques. J’ai eu l’honneur d’être expert pour la Haute Autorité de Santé lors de la rédaction des recommandations sur les déformations crâniennes positionnelles parues en 2020. »

Quels sont les différents types de déformations crâniennes positionnelles ?

« Il en existe deux types principaux.La plagiocéphalie est un aplatissement asymétrique de l’arrière du crâne. Dans certains cas, elle se répercute sur la base du crâne avec une avancée de l’oreille et du temporal, et peut modifier l’hémiface du côté du méplat. Cela peut entraîner par la suite une latérodéviation de la mandibule du côté opposé à la plagiocéphalie.

La brachycéphalie est un aplatissement postérieur occipito-pariétal symétrique. Sur une brachycéphalie isolée, on n’observe pas d’asymétrie de base du crâne ou faciale. Les conséquences sont moins bien identifiées, mais certains auteurs évoquent des répercussions possibles sur l’occlusion dentaire, notamment avec une avancée de la mandibule. »

Quelle est l’ampleur du problème en France ?

« La dernière étude française, réalisée à Lyon et publiée en 2019, montre que 40% des nourrissons présentent une déformation crânienne positionnelle. Cette prévalence diminue avec l’âge : 30% chez le petit enfant, 20% chez l’enfant, et 10% chez l’adolescent.

Il semble y avoir une amélioration spontanée avec la croissance, mais celle-ci ne sera pas totale, notamment si la déformation est modérée à sévère chez le nourrisson. C’est pourquoi l’intervention précoce est si importante. »

Pourquoi est-il important d’informer les différents professionnels de santé ?

« Chaque professionnel a un rôle spécifique à jouer. Le médecin généraliste est au premier plan pour la prévention, le dépistage et l’orientation vers une prise en charge adaptée.

Pour l’ORL, des études montrent une prévalence plus importante d’otites chez les enfants ayant une plagiocéphalie, bien que les données sur les troubles auditifs restent contradictoires.

Au niveau dentaire et maxillofacial, nous avons maintenant des études convergentes qui démontrent des répercussions réelles. J’ai d’ailleurs été invité au congrès des orthodontistes à Paris il y a deux ans pour présenter nos travaux sur le lien entre plagiocéphalie et besoin de traitements orthodontiques. Nous avons publié une étude en 2022 montrant que la plagiocéphalie pouvait avoir des répercussions sur la bascule du plan d’occlusion.

Un fait intéressant : il y a plus de latérodéviations mandibulaires à gauche dans la littérature, et il s’avère qu’il y a également plus de plagiocéphalies droites. Ce n’est pas un hasard : la plagiocéphalie droite est plus fréquente en raison de la présentation fœtale en OIGA (occipito-iliaque gauche antérieure), la position la plus commune in utéro. »

Exemple de prise en charge pluridisciplinaire ?

« Chez le nourrisson, le parcours idéal serait le suivant : la sage-femme qui se rend au domicile pour la visite de retour à domicile repère un début d’aplatissement ou une mobilité non optimale de la tête. Elle conseille aux parents d’en parler au médecin généraliste ou au pédiatre lors du prochain rendez-vous.

Ce dernier confirme le diagnostic et oriente en kinésithérapie pour une rééducation, et en ostéopathie pour une prise en charge complémentaire. Idéalement, selon les recommandations de la HAS, cela devrait se faire dans le premier mois de vie de l’enfant.

Pour l’enfant plus grand, c’est plus complexe car plusieurs facteurs ont pu s’intriquer depuis la naissance. Mais si un ostéopathe reçoit un enfant de 3, 4 ou 5 ans présentant un trouble de l’occlusion avec une latérodéviation mandibulaire potentiellement liée à une plagiocéphalie non traitée, il devrait orienter vers le dentiste ou l’orthodontiste pour un avis et une éventuelle prise en charge. »

Que répondez-vous aux professionnels sceptiques quant à la consultation ostéopathique chez les nouveaux-nés?

« C’est une question légitime et importante. Je ne pense pas que tous les bébés aient besoin de voir un ostéopathe de manière systématique. L’idéal serait qu’ils soient évalués systématiquement pour déterminer s’il y a besoin ou non d’un traitement.

Il m’arrive de recevoir des bébés chez qui il n’y a rien à faire – la grossesse et l’accouchement se sont bien déroulés, le bébé va bien, il n’y a pas de symptômes particuliers. Dans ces cas, je ne fais aucune technique manuelle, mais je donne des conseils de prévention, de motricité, de portage.

Par contre, certains bébés ont vraiment besoin d’une prise en charge. La littérature identifie clairement des facteurs de risque in utero et à l’accouchement : jumeaux, macrosomes, primiparité, oligoamnios, contractions trop fréquentes, fœtus en siège, expulsion longue, instrumentation, bosses séro-sanguines, présentations postérieures…

J’interviens particulièrement quand il y a eu une complication obstétricale ou quand des signes cliniques sont présents dès la naissance, comme un trouble de succion ou un torticolis.

Il faut toutefois reconnaître qu’il existe une hétérogénéité des pratiques et des praticiens. La formation initiale en ostéopathie est aujourd’hui bien encadrée par l’État, cependant la pédiatrie demande une formation et une pratique spécifique qui devrait se poursuivre au-delà du diplôme. »

La plagiocéphalie peut-elle entraîner des troubles neurologiques ?

« A ma connaissance, aucune étude ne démontre qu’il peut y avoir des répercussions neurologiques directes, et les neurochirurgiens pédiatriques tiennent le même discours. En revanche, des études montrent qu’il peut y avoir un retentissement sur le développement psychomoteur et cognitif. La HAS le dit très bien : « la déformation crânienne positionnelle est le témoin d’un problème de mobilité de l’enfant ». Ce n’est donc pas la forme du crâne elle-même qui impacte le cerveau, mais le problème de mobilité à l’origine de la plagiocéphalie.

Il y a une étude phare de 2017 de Martiniuk, une revue de littérature qui a analysé 17 articles. Sur ces 17 articles, 13 montrent que les enfants avec plagiocéphalie sont plus à risque d’avoir des scores de développement moins bons dans certains domaines. Mais il est bien précisé que c’est parce que l’enfant ne bougeait pas correctement au début que son développement psychomoteur et cognitif en est perturbé par la suite. »

Comment adaptez-vous votre discours aux différents professionnels ?

« C’est fondamental. Je suis très sensible à cette question et je dis souvent en formation que tout ce que je dis, je pourrais le dire à des pédiatres, des médecins, des sages-femmes, des dentistes – c’est compréhensible par tous.

Je n’utilise pas de termes ésotériques ou compréhensibles uniquement par les ostéopathes. Par exemple, je parle de mécanotransduction, de travail sur les sutures : on sait que créer un stimulus mécanique d’étirement sur une suture crânienne chez un nourrisson peut stimuler la croissance locale. C’est plausible, entendable et justifiable avec les connaissances actuelles.

Pour les troubles de succion, je parle de mobilité, d’ouverture de bouche, de mobilité de la langue – des concepts concrets et mesurables ».

Quel message souhaitez-vous transmettre aux professionnels ?

« La plagiocéphalie n’est pas qu’un problème esthétique bénin. Plus nous intervenons tôt, meilleures sont les chances de correction et de prévention des conséquences à long terme.

Chaque professionnel a un rôle à jouer dans le dépistage et l’orientation. Il est essentiel de travailler ensemble, de manière coordonnée, dans l’intérêt de l’enfant. C’est tout l’objectif de notre conférence du 1er octobre : créer des ponts entre les disciplines pour améliorer la prise en charge globale des déformations crâniennes positionnelles.

Je vous encourage tous – thérapeutes manuels, pédiatres, dentistes, médecins généralistes, sages-femmes, orthophonistes, et tous les intervenants de la petite enfance – à venir vous informer et échanger lors de cette conférence transdisciplinaire. C’est ensemble que nous pourrons offrir le meilleur accompagnement possible à ces jeunes patients. »

Quel sera le contenu de votre visio conférence, le 15 octobre 2026 ?

« L’objectif est de présenter les déformations crâniennes positionnelles – la plagiocéphalie et la brachycéphalie – dans une approche vraiment transdisciplinaire. Je vais d’abord définir ces termes et évoquer les notions de diagnostic différentiel, notamment avec la craniosténose qui nécessite une prise en charge très différente.

Nous aborderons l’examen clinique chez le nourrisson, la prévention et les différentes options de prise en charge. Mais ce qui est particulièrement important, ce sont les conséquences que peuvent avoir ces déformations sur le développement de l’enfant.

C’est là où l’approche pluridisciplinaire prend tout son sens : la plagiocéphalie ne se limite pas à une problématique esthétique de «tête plate». Car elle correspond à des restrictions de mouvement qui impactent d’autres domaines du développement – psychomoteur, postural, occlusal, maxillofacial. »

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