Paresse ou investissement biologique ?
Le repos est indispensable à la santé… et en particulier à votre performance intellectuelle. Car, le cerveau travaille mieux quand on lui laisse du temps pour ne pas travailler !
Les recherches sur la mémoire ont confirmé que pour consolider les apprentissages il est nécessaire de prévoir des phases de vacuité. Walker et Stickgold (2004) ont démontré que le sommeil — forme de vacuité par excellence — améliore significativement les performances sur des tâches cognitives complexes apprises la veille, et que cet effet ne peut pas être compensé par un apprentissage supplémentaire.
Sio et Ormerod (2009), dans une méta-analyse portant sur 117 études, confirment l’effet dit «d’incubation» : une pause entre deux phases d’effort cognitif augmente significativement la qualité des solutions trouvées aux problèmes créatifs. On aurait tord de ne pas s’autoriser à buller.
Lupien et al. (2009) ont montré que le stress chronique est associé à une réduction du volume hippocampique — une structure centrale pour la mémoire et la régulation émotionnelle. Buckner et al. (2008) décrivent les périodes de repos non structuré comme des moments d’activation du Default Mode Network : le réseau cérébral actif lors du vide, jouant un rôle fondamental dans la consolidation mémorielle, la créativité et la régulation émotionnelle (et donc se reposer c’est aussi bon pour nos bonnes relations avec les autres)
Méditer pour se mettre en vacances
Certaines pratiques permettent délibérément de se mettre en vacances. La méditation de pleine conscience, dont l’efficacité clinique est parmi les mieux documentées en psychologie contemporaine (Khoury et al., 2013 — méta-analyse de 209 études), repose précisément sur la culture d’états de vacuité attentive : ne pas chercher à supprimer les pensées, mais à ne pas les suivre. Les regarder passer comme on regarde passer les nuages… au loin. Ce relâchement de l’activité cognitive est, neurologiquement, ce qui permet au cerveau de passer en « mode par défaut » et tandis que vous laisser se faire…. votre cerveau peut archiver, consolider, intégrer, créer. Précisément sans effort !
Vous n’avez pas besoin de méditer formellement. Vingt minutes sans écran, sans podcast, sans objectif — une marche sans destination, une fenêtre ouverte, juste rester allongé·e en laissant les pensées passer — suffisent à enclencher ce processus.
Dormir pour laisser vaquer le cerveau
En cette époque où notre temps de cerveau disponible est raflé, notre attention captée, il va de notre santé de se laisser reposer les méninges. La neurologie a solidement documenté que notre cerveau fait le ménage la nuit. Pas métaphoriquement. Chimiquement, physiquement, de manière mesurable.
Ainsi, des chercheurs de l’Université de Rochester ont mis en évidence en 2013 ce qu’ils ont appelé le système glymphatique — un réseau de canaux cérébraux qui s’ouvre pendant le sommeil pour éliminer les déchets métaboliques accumulés pendant l’activité diurne. Parmi ces déchets : des protéines liées aux maladies neurodégénératives, dont la bêta-amyloïde associée à la maladie d’Alzheimer (Xie et al., 2013). Ce système ne fonctionne pas correctement en état d’hyperactivation. Il a besoin du silence.
Surcharge mentale et bruxisme, quel rapport avec la mâchoire?
Est-il besoin de vous rappeler que la surcharge mentale peut vous mettre sur les dents ? et que ruminer peut vous faire grincer des dents? Les tensions qui traversent votre système nerveux autonome — la surcharge cognitive, l’hypervigilance, le stress chronique — se manifestent souvent en priorité dans la sphère oro-faciale.
Mâchoire contractée pendant la nuit, bruxisme nocturne, douleurs temporo-mandibulaires ou cervicales au réveil peuvent être les indices d’un système nerveux surchargé, qui n’a pas bénéficié d’une récupération suffisante.
Encore mieux : le repos programmé !
Sonnentag et Fritz (2007) ont identifié quatre facteurs améliorant la récupération après le travail : le détachement mental (on pense à autre chose, ou même à pas grand chose), la relaxation, la maîtrise et l’autonomie. Fait remarquable dans leur modèle, le simple fait de décider de se reposer — d’organiser volontairement du temps sans rien à faire — produit un effet mesurable sur le bien-être et la performance ultérieure. Ce n’est pas du temps perdu. C’est un investissement biologique. Sans compter qu’il améliore également les relations avec les proches !
Xie et al. (2013), Science 342(6156)
Lupien et al. (2009), Nature Reviews Neuroscience 10
Buckner et al. (2008), Annals of the NYAS 1124
Sonnentag & Fritz (2007), Journal of Occupational Health Psychology 12
Porges (2011), The Polyvagal Theory, W.W. Norton
Kabat-Zinn (1990), Full Catastrophe Living
Khoury et al. (2013), Clinical Psychology Review 33(6)
Siegel (2012), The Developing Mind, Guilford Press