Douleur et souffrance psychosociale, questionner pour orienter

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Webinaire transdisciplinaire 5 février 2026, 20h – Prévention du suicide et accompagnement de la souffrance psychosociale avec Catherine Mercier et Dr Hélène Serres

Le Burn out et le suicide touche un grand nombre de personnes. Parce que la souffrance psychique augmente chez les patients comme chez les soignants, osons en parler. Au détour d’une consultation, on parle d’une douleur… et puis au détour d’une phrase… une impression pénible… on se demande s’il n’y a pas un risque de burnout ou de crise suicidaire ?

Découvrons des techniques simples pour repérer les signaux, des éléments de langage pour questionner sans effrayer, des outils d’évaluation et des ressources d’orientation, avec Catherine Mercier, psychologue clinicienne spécialisée dans la prévention du suicide et formatrice ARS Bretagne, et le Dr Hélène Serres, médecin généraliste, systémicienne et hypnothérapeute, entre autres.

Ensemble, le jeudi 5 février 2026, nous allons rassembler nos compétences et nos expériences pour mieux repérer et accompagner la souffrance psychique dans nos pratiques professionnelles, quelle que soit notre spécialité.

Prévention du burn out et du suicide

Catherine Mercier du côté de la prévention du suicide, Hélène Serres sur la problématique du burn-out, vos approches sont différentes mais se complètent pour aider les professionnels de santé à aborder la question de la souffrance psychique. Pouvez-vous nous expliquer les liens entre ces problématiques ?

Catherine Mercier : Rappelons que le suicide touche un grand nombre de personnes. Ainsi de juin à décembre 2024, le 3114, numéro national de prévention du suicide, a reçu 215 093 appels. Le nombre de suicide a diminué en même temps que progressait les actions de prévention. Cependant, il a été recensé 8 848 décès par suicide en 2023. Et on a constaté une légère hausse du nombre d’hospitalisations pour geste auto-infligé en 2024 avec 97 302 hospitalisations dénombrées (1). Cette soirée transdisciplinaire en webinaire, qui s’inscrit dans le cadre de la journée nationale de prévention, s’adresse aux professionnels de santé pour les aider à jouer leur rôle,

En ce qui concerne le burnout, je dirais que c’est un disjoncteur qui se met en route. Ce n’est pas une dépression au sens clinique du terme, mais le burnout peut amener à une dépression, s’il n’est pas pris en charge. Dans le tableau clinique de la dépression, les idées noires font partie des symptômes. L’évaluation du potentiel suicidaire devrait être envisagée en cas de souffrance psychique sévère.

Hélène Serres : Le point commun entre burn out et suicide c’est une forme de silence… On n’en parle pas avant de se suicider. Dans le burn-out, c’est pareil. Les personnes n’en parlent pas parce qu’elles ont honte. Elles se sentent en échec. Ce serait déjà un grand pas si elles pouvaient dire je vais pas bien. Si elles pouvaient le repérer à un ou deux sur l’échelle de la douleur, qu’elles commencent déjà à se dire : « Ce qui m’arrive, ce n’est pas normal. » Au lieu d’attendre d’être à dix, où là, c’est trop tard, la personne se trouve prise au piège, comme un animal dans les phares d’une voiture.

Dépasser la honte et la peur : OSER PARLER du burn out et du suicide :

Vous évoquez toutes les deux cette difficulté à parler. Catherine, vous insistez beaucoup sur le fait qu’on peut « oser en parler ». Pouvez-vous nous expliquer pourquoi c’est si important ?

Catherine Mercier : Évoquer le suicide, c’est une forme de tabou. D’autant que l’on craint de faire plus de mal que de bien, pour l’autre comme pour soi. Souvent, dans les formations, les professionnels de santé s’inquiètent : « Si j’en parle, est ce que je ne risque pas précipiter les choses, de donner des idées. » Non, au contraire, oser en parler, aller poser les mots le plus simplement possible, ça permet d’ouvrir une porte et que la personne puisse se sentir déjà reconnue dans sa souffrance. Et déjà ça, ça fait bien baisser la tension. On peut oser en parler. Le seul risque, c’est que la personne réponde franchement.

Hélène Serres : C’est ça. Pendant la consultation, on parle de l’estomac ou de l’épaule et on pourrait se dire qu’on va pas plus loin. Mais c’est une question d’humanité. C’est tout simple : quelqu’un qui vous regarde et qui vous dit « Vous avez maigri, vous avez grossi, je vous sens différent par rapport à la dernière fois. Qu’est-ce qui se passe ? Ça va ? » Et ça, c’est de l’humain. C’est un échange fondamental.

Catherine Mercier : Et cette préoccupation du lien à l’autre, c’est vraiment au cœur de la prévention. C’est de faire sentir à l’autre « tu comptes pour moi ». Tout simplement, ça fait partie de notre éthologie de mammifères humains : on a besoin du lien. L’autre compte pour moi, et je peux compter sur l’autre.

Prévention du burn out et du suicide : REPÉRER LES SIGNAUX

Parlons du repérage et de l’évaluation du potentiel. Hélène, vous qui êtes médecin mais aussi systémicienne, comment décrivez-vous le phénomène de burn out ?

Hélène Serres : En systémie, on dit : « Les gens viennent pour un problème d’alcool et en fait c’est un problème avec leur conjoint. On n’est jamais là où on nous dit que c’est. » Le corps parle quand les mots manquent. Les tensions musculaires, les douleurs chroniques, les infections à répétition : autant de signaux. Imaginez, vous recevez un patient, une patiente en consultation de routine… Vous êtes podologue, ostéopathe, kiné, peu importe…

Vous sentez qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Fatigue excessive, perte de confiance… Au détour d’une phrase, la personne exprime quelque chose de bizarre : normalement, on progresse dans sa vie, dans son boulot. Mais tout d’un coup, cette personne donne l’impression de régresser, de ne plus savoir quoi faire. On la sent épuisée, parce qu’elle travaille dix fois plus, mais peut-être un peu honteuse : parce que rien ne va, ou qu’elle devient odieuse avec tout le monde.

Quel que soit notre métier, nous sommes tous dans une relation d’humain à humain. Donc, même si on n’est pas professionnel de la santé mentale, on est légitimes à poser cette question ça va ? ça pas l’air d’aller ? je vous sens tendu.e ? et à normaliser le besoin d’aller chercher de l’aide quand on est bloqué.

Catherine Mercier : Et c’est là où notre rôle à tous est essentiel. Même si on n’est pas dans une prise en charge thérapeutique concernant la souffrance psychique, au détour d’une conversation, on peut aller vraiment questionner : à quel point vous souffrez ? Il peut y avoir même beaucoup de complications dans la vie des gens – on ne peut pas toujours agir sur le réel, social économique… mais on peut dire à l’autre « Tu ne vas pas bien, je vois que tu ne vas pas bien… Jusqu’à quel point tu ne vas pas bien ? au point d’avoir des idées suicidaires ? » Parfois ça suffit pour que la personne se dise « Je ne suis plus tout seul ».

Prévention du burn out et du suicide : questionner pour orienter

Comment aborder le sujet de l’orientation psy, sans risquer de froisser la personne ?

Hélène Serres : La première chose, c’est oser dire ce qu’on ressent. Faire l’hypothèse qu’il y a quelque chose qui n’est pas normal et le formuler à haute voix. Je ne sais pas si c’est facile quand on s’occupe des pieds – je prends cet exemple parce qu’on est à l’extrémité entre la tête et les pieds – mais je pense qu’il faut oser dire : « Madame Machin, Monsieur Truc, je ne vous ai jamais vu comme ça. Corrigez-moi si je me trompe mais j’ai l’impression que… ? »

Mieux vaut demander l’autorisation pour questionner plus avant. On peut dire : « Est-ce que ça vous va si on en parle ? Parce que je ne vous ai jamais vu comme ça, et même si je m’occupe de votre pied, ou de vos vertèbres, tout ça a un lien. Je vous sens très tendu, je vous sens très défaitiste. » De dire ce qu’on ressent, et voir si la personne dit « Écoutez, je suis venu pour mon ongle incarné, laissez-moi la paix », ou si elle s’engouffre dans cette possibilité de parler. Dans 90% des cas, les gens s’engouffrent.

Catherine Mercier : C’est délicat, mais c’est ça. Et c’est vraiment ce que j’essaie de transmettre dans les formations et sensibilisations. Nous en parlerons en détail, de préférence à partir de situations rencontrées par les participants au webinaire : comment au cours d’une consultation, on va pouvoir être attentifs à quelque chose qui nous chatouille l’oreille, alors même que la personne n’est pas là pour parler de sa souffrance. Au détour d’une phrase, au détour d’un mot, ou au détour de juste un ressenti qu’on peut avoir, on peut s’autoriser à se dire : « Oui, là il y a peut-être quelque chose quand même à aller fouiller de l’ordre de la souffrance psychique. » Nous en parlerons pendant le webinaire, il s’agit de se sentir un petit peu équipé et légitime à y aller, mais aussi de savoir passer le relais.

Prévention du burn out et du suicide en consultation : comment GÉRER LE DÉBORDEMENT ÉMOTIONNEL

Mais quand ça déborde, quand la personne se met à pleurer ou s’effondre pendant la consultation ?

Hélène Serres : Ah, excellente question ! Quand ça se déballe, ben il faut l’accepter, l’accueillir comme on dit. C’est une posture professionnelle à former. Puis on peut aussi lui dire : « Je comprends que vous vous sentez vraiment mal, je suis là, je vous écoute, mais je ne peux pas vraiment vous aider plus avant, parce que je n’ai pas les outils. » On peut dire : « Il y a des gens qui sont formés pour vous accompagner, vous aider à comprendre ce qui se passe et comment trouver des solutions. »

Pour certaines personnes aller voir un psy, ça peut sembler dégradant. C’est donc utile de dédramatiser. En systémie, en hypnothérapie on se sert d’anecdotes, mais je me sers aussi de mon côté comédienne pour banaliser un petit peu le recours à la relation d’aide. Je peux dire : « Ma belle-sœur a fait ce qu’on appelle un burn-out, et ça lui a beaucoup aidé d’aller voir un thérapeute. » Ou bien : « Vous venez me voir pour votre dos bloqué, parce que j’ai une formation. Donc pourquoi ne pas aller voir quelqu’un qui a une formation pour vous aider à débloquer la situation ? » Important d’expliquer les Thérapies brèves stratégique systémique pour normaliser le besoin d’aide, il s’agit d’un accompagnement non pathologisant, pour débloquer la situation.

Catherine Mercier : C’est aussi important de connaître son environnement par rapport à l’orientation susceptible d’être proposée, sur le volet psy mais aussi sociale etc.. Pouvoir penser à orienter cette personne vers telle structure, vers tel professionnel en libéral… Au cours du Webinaire on verra aussi avoir aussi comment se constituer une petite carte mentale de l’orientation possible, et puis de dire à la personne : « Ça serait peut-être intéressant de consulter X ou Y au regard de ce qu’on a pu échanger brièvement. ».

C’est important de rappeler qu’on n’a pas tous les mêmes équipements. Mais on est tous concernés par la souffrance de l’autre, parfois qui fait écho avec la notre. Parce que c’est la question du lien à l’autre. Parfois, dans notre vie personnelle, on est un petit peu en difficulté, et la question de la souffrance chez l’autre, peut-être que ce n’est pas trop le moment d’y aller. Mais comment, quand j’ai repéré, je peux aussi passer le relais ? On est sur une espèce de construction de tissage d’une toile de protection citoyenne.

Prévention du burn out et du suicide, une question d’humanité

Pour conclure, pourquoi vous semble-t-il important de participer à cette soirée ?

Hélène Serres : Pour moi… face à la souffrance, car il y en a, et y en a de plus en plus, il faut de l’humanité! On ne peut pas se dire : « J’ai vu un patient, il allait mal, mais je n’ai rien dit parce que je ne veux pas me mêler de ça. » Ça, c’est moche. Il faut oser. S’y préparer en tant que professionnels mais en tant qu’humain aussi. Car nous sommes tous légitimes dans une relation d’humain à humain.

Catherine : Exactement. L’individu protège le groupe et le groupe protège l’individu, parce que nous sommes des mammifères sociaux. Cette soirée, c’est vraiment pour vous équiper, faire résonner des choses, et vous dire que vous êtes légitimes à agir. Après, si certains veulent aller plus loin, je vous donnerai des informations sur les formations qui peuvent concerner les soignants notamment.


Catherine Mercier : Psychologue clinicienne, spécialisée dans la souffrance psychique et notamment la prévention de la crise suicidaire – Formatrice au niveau de l’ARS Bretagne, intervient auprès de divers publics qui pourraient être amenés à rencontrer des personnes en problématique suicidaire ou en crise suicidaire. Elle a travaillé en milieu pénitentiaire. Elle accompagne également des chefs d’entreprise ou des agriculteurs via l’APESA, une association créée pour aider les entrepreneurs en souffrance aiguë.

Dr Hélène Serres : Médecin, systémicienne et hypnothérapeute, ainsi que comédienne – tout ça a une véritable logique : comment aider les autres. Aujourd’hui, elle intervient dans des entreprises pour ce qu’on appelle du « coaching », appelée pour aider au développement la « confiance en soi », terme plus pudique, avec des outils de comédienne.

Prévention du burn out et du suicide RESSOURCES CLÉS ÉVOQUÉES

(1) https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/sante-mentale/suicides-et-tentatives-de-suicide/documents/bulletin-national/conduites-suicidaires-en-france.-bilan-2024

Numéros d’urgence

  • 3114 : Numéro national de prévention du suicide (gratuit, 24h/24, 7j/7)
  • SOS Amitié : 09 72 39 40 50

Pour les populations spécifiques

  • APESA (Aide Psychologique aux Entrepreneurs en Souffrance Aiguë) : www.apesa-france.com
  • AMSA (pour les agriculteurs)
  • Agri’écoute : www.agriecoute.fr
  • LACT.fr

Formations

  • Renseignements auprès de votre ARS régionale pour les formations de deux jours
  • Sensibilisations proposées par Catherine Mercier et son équipe

Recommandations officielles

  • HAS : Recommandations burn-out et prévention suicide (www.has-sante.fr)
  • Stratégie nationale de prévention du suicide

articles connexes